L'association Vivre en Tarentaise, agréée pour la protection de l'environnement, a examiné avec attention le dossier d'enquête environnementale concernant la création d'une micro centrale à Pussy.
Cette microcentrale sera réalisée par la société DAMONA SAS .
Le torrent de Pussy est considéré comme en très bon état écologique.
Vivre en Tarentaise estime que le module du torrent doit être réévalué selon une méthode plus appropriée. Vivre en Tarentaise estime indispensable qu’une approche fiable du module du torrent de Pussy puisse être réalisée avant toute mise en œuvre de ce projet. Nous ne pouvons nous contenter des explications données sur l’arrachement de tous les capteurs de mesure pour exonérer le pétitionnaire de cela.
Pour Vivre en Tarentaise, l’impossibilité pour Damona SAS de caractériser le module du torrent de Pussy de manière fiable, élément fondamental pour déterminer le débit réservé, aurait du entraîner de sa part le renoncement à la réalisation d’une microcentrale à ce niveau.
Vivre en Tarentaise estime indispensable de relever le débit réservé prévu à 20 l/s (10 % ??du Débit Mensuel Moyen) pour se rapprocher du QMNA5 estimé à 65 /s. Une étude pour estimer le Débit Minimum Biologique a-t-elle été réalisée ? La valeur plancher de 10% du module n’est valable qu’en l’absence de possibilité de réaliser l’étude DMB.
La très grande majorité des torrents de Tarentaise ont déjà été équipés en microcentrale. Ce sont bien naturellement les microcentrales les plus rentables et les plus faciles à mettre en œuvre qui ont d’abord été réalisées. Les projets actuels comme celui de Pussy sont plus délicats à mettre en œuvre, avec cet exemple de mesure de débit impossible à réaliser de manière fiable par des capteurs, des avalanches décrites dans le dossier concernant le site de la prise d’eau et la partie amont du tracé de la conduite. La recherche d’une rentabilité plus difficile à atteindre et la réalisation des travaux en milieu plus contraint ne doivent pas se faire aux dépens de la préservation de la nature.
La conduite devrait être enterrée sous 90 cm de remblai, avec cette précision « lorsque la nature du sol l’autorise, pour éviter tout risque de gel » . Nous considérons qu’il est important que la conduite soit enterrée sur tout son trajet. Le porteur du projet aurait du s’en assurer par des études du sol, en particulier dans la zone amont , sujette aux avalanches d’après le dossier.
Ces dernières années deux conduites d’autres microcentrales récentes ont subi des dommages en Tarentaise : A Tessens, la conduite s’est rompue à la suite de coulées. Au Planay, la conduite de la microcentrale du Gorret, qui aurait dû être enterrée à 75 cm de profondeur, a été mise à nu au niveau d’un couloir d’avalanche.
L’hydroélectricité des microcentrales est actuellement la plus chère parmi les sources d’électricité renouvelable. D’après la PPE 2020, « le MWH de petite hydraulique nouvelle oscille entre 70 et 160 € ». Dans le cas de la microcentrale de PUSSY, si l’autorisation d’exploitation est donnée comme nous le préconisons pour 20 ans, le prix de revient du MWH se situera probablement dans la fourchette haute de ces prévisions. La PPE met en comparaison le prix d’autres sources d’énergie :« Face à des coûts inférieurs à 50 € pour les derniers appels d’offres photovoltaïques (perspective 2028, 40 € au sol et 60 € sur toiture) et pour l’éolien (perspective 2028, 55 € pour l’éolien au sol et 44 € pour l’éolien maritime posé à Dunkerque ) » Si on veut convertir les français à la voiture électrique, déjà chère à l’achat, il ne faut pas que le coût d’utilisation soit en plus dissuasif avec un prix d’électricité décarbonée trop élevé.
Ce projet s’inscrit dans un contexte particulier en Tarentaise. En effet, pratiquement tous les cours d’eau de Tarentaise sont affectés par des captages qui modifient sensiblement leur débit apparent et aplanissent les crues. Les barrages de Tignes, de Roselend, le lac de la Coche, le barrage d’Aigueblanche voient passer l’essentiel de l’eau du bassin versant. A tel point que les cours d’eau vraiment vierges de tout prélèvement sont devenus très rares.
Le SCoT VANOISE TARENTAISE s’en est inquiété dans son Observatoire Energie et trajectoire 2030 publié en août 2024 : On peut y lire « Réserve forte des élus pour de nouvelles installations hydroélectriques », « Le potentiel de développement des énergies renouvelables sur le territoire du SCoT Tarentaise-Vanoise concerne essentiellement le solaire photovoltaïque et thermique, le bois-énergie ainsi que les PAC aérothermiques et géothermiques. » Concernant l’énergie hydroélectrique, « le potentiel en Tarentaise est
déjà largement exploité. »
L’empreinte eau du kWh utile (kWh utile / m3 eau turbinée) est un concept nouveau qui montre la nécessité de volumes de 100 à 200 m3 d’eau pour produire 1 kWh utile dans une microcentrale, ce qui montre l’inanité des projets de microcentrales. (Moyenne France pour l’hydro electricité tout compris avec les barrages : 14 m³ d’eau turbinée pour produire un kWh)
Devons nous pour des raisons scientifiques, patrimoniales et touristiques conserver les quelques torrents rescapés des aménagements spectaculaires réalisés dans les années 50 ? Notre association répond évidemment oui à cette question ! Elle pense que la rareté de ces milieux justifie largement une étude d’impact globale ou au moins une réflexion à l’échelle du bassin versant Tarentaise.
Vivre en Tarentaise reste favorable à une augmentation de la production hydroélectrique mais à condition qu’elle ne provienne pas de nouvelles microcentrales cherchant à exploiter les derniers torrents vierges de toute installation, mais d’une amélioration des barrages existants.
Enfin, le pétitionnaire demande une autorisation de 50 ans pour exploiter la centrale. Cette durée apparaît incompatible avec la prise en compte du changement climatique. Les modélisations de l’évolution des débits (et de leurs impacts) à ce pas de temps sont complexes et présentent une grande incertitude. Les exemples de
microcentrales à l’arrêt plus longtemps que prévu par manque de débit sont de plus en plus nombreux ces dernières années !
Dans son rapport du suivi SCoT Tarentaise Vanoise 2024, l’APTV s’en inquiète : « Sur la période de végétation (avril-septembre),malgré les types de temps encore frais en montagne jusqu’en juin, la situation se dégrade sur la quantité d’eau disponible P-ETP. Elle devient même très préoccupante sur la période d’étiage des rivières. Alors que le bilan était encore parfois positif (dernier en date, 2008), c’est une baisse drastique d’environ 50% entre les années 1990 et les dix dernières années. Ce sont les débits des rivières non alimentées par les glaciers, et donc les milieux naturels, qui s’assèchent »
https://www.tarentaise-vanoise.fr/wp-content/uploads/2024/11/Rapport_suivi_SCOT-APTV_2024.pdf
Dans ce contexte, demander une autorisation au-delà de 20 ans nous apparaît inacceptable.
C’est le quatrième projet de microcentrale sur le territoire de La Léchère en quelques années. Tous les torrents de Lauzière susceptible d’être équipés en microcentrales seront désormais artificialisés.
Au cours d’une réunion publique préalable à l’enquête publique, le maire de La Léchère a déclaré : « Si ça se fait dans le respect des normes environnementales, et que l’impact est le moins important possible, l’hydroélectricité est vertueuse sur notre territoire ».
Vivre en Tarentaise émet un autre avis plus vertueux : Au nom de la biodiversité, cette collectivité aurait pu faire labelliser le torrent de Pussy en "Rivière sauvage" (Label attribué par le ministère de l'environnement) afin de montrer sa détermination dans le domaine de la préservation de la biodiversité.
Vivre en Tarentaise émet un avis défavorable au projet de microcentrale sur le torrent de Pussy,
compte-tenu :
- Des incertitudes sur l’évaluation des débits dans le tronçon court-circuité
- Du débit réservé de 20 l/s, insuffisant, très éloigné du QMNA5
- De l’impact à moyen et long terme sur la biodiversité et l’hydromorphologie du torrent.
- De la non-prise en compte du changement climatique.
- De la durée trop longue de l'autorisation demandée.
- De l’insuffisance d’un intérêt énergétique et économique justifiant des atteintes environnementales.