Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

Madame la Ministre,
Nous avons l’honneur d’attirer votre attention sur un projet de déviation routière en Tarentaise à propos duquel nous pensons qu’il y a matière à réaliser de larges économies tout en respectant mieux l’environnement.
Il s’agit de permuter le lit de l’Isère et la RN 90 sur environ 1,5Km en amont de Moutiers. Les travaux sont motivés par les risques de chutes de blocs qui pèsent sur cette voie très fréquentée en particulier en hiver. Nous ne contestons pas cet aspect des choses.

La RN 90 actuelle comporte deux voies à ce niveau, très rarement engorgées. Or le projet de déviation créerait deux voies montantes et une voie descendante dans un espace contraint par les deux versants de la montagne et le lit de la rivière. Ce choix nécessite d’une part de créer deux ponts assez longs pour franchir le cours d’eau et d’autre part de déplacer son lit pour gagner de l’espace.
Le dossier a fait l’objet d’une enquête préalable à la déclaration d’utilité publique en 2009 et d’une autre enquête relative aux impacts sur le milieu aquatique (dossier « loi sur l’eau ») en 2011. Monsieur le commissaire enquêteur a rendu un avis nettement défavorable pour la deuxième enquête publique et Monsieur le Préfet de la Savoie a malgré tout autorisé la réalisation des travaux dans un arrêté.
Notre association, soucieuse de la bonne utilisation des deniers publics et de la nécessité de consacrer nos moyens au développement des transports en commun a demandé à Monsieur le Préfet, dans un recours gracieux, de bien vouloir retirer son autorisation afin de donner à cette portion de route des proportions plus raisonnables. Le représentant de l’Etat dans le département nous a répondu que ces travaux s’inscrivaient dans la perspective de l’élargissement à trois voies du tronçon Moutiers- Aime, que les risques pesant sur les usagers réclamaient des mesures urgentes et enfin que les crédits étaient attribués...
Nous tenons à faire remarquer que les deux enquêtes publiques ont été séparées par deux années, ce qui semble curieux si les risques sont si importants. Il y a une dizaine d’années, il a été décidé de passer la section Moutiers-Aime à trois voies, cette option maximaliste ne doit-elle pas être confrontée à la réalité et au bon sens ? Trois km en amont, un tunnel récent a été réalisé à deux voies et son élargissement n’est pas envisagé. Il constitue un goulot d’étranglement. La conception « trois voies » en terrain difficile du projet que nous contestons ne permettra donc pas d’augmenter le débit ni la fluidité du trafic malgré un coût impressionnant. Il y a là une rationalité qui nous échappe en un temps où les économies sont les bienvenues. Par ailleurs, le développement des transports en commun, l’étalement indispensable des déplacements en Tarentaise seront-ils balayés indéfiniment d’un revers de la main au prétexte que la voie ferrée est saturée une dizaine de samedis par an ?
Le coût estimé du projet est de 45 millions d’euros. En ne réalisant que deux voies, il est probable qu’il ne serait pas nécessaire de déplacer l’Isère et la réalisation des ponts serait beaucoup moins onéreuse.
Aussi, notre association envisage le dépôt d’un recours en annulation devant le tribunal administratif de Grenoble dans l’espoir d’éviter un gaspillage de fonds publics.
Madame la Ministre, notre association est consciente de la multitude de dossiers que votre ministère doit traiter, mais elle est consciente également du contexte budgétaire et de la nécessité de la transition énergétique. Aussi, elle espère que vous pourrez proposer une nouvelle phase de concertation permettant de concilier au mieux économies budgétaires et sécurité des usagers.

Dans l’espoir d’être entendus, nous vous adressons, Madame la Ministre, nos sincères salutations.

Au nom de l’association, le président Alain Machet.