Monsieur le Président,


Vous avez bien voulu nous consulter au sujet de la version du scot en « pré arrêt » et nous vous en remercions. Notre association se félicite que ce document arrive en fin d’élaboration. Lorsqu’il entrera en vigueur nous sortirons d’une période de développement pour la Tarentaise sans cadre général et ce moment sera à saluer car si évidemment notre vallée aura connu une croissance économique importante au cours des trente des dernières années, celle-ci s’est accompagnée trop souvent d’une mauvaise gestion des sols, d’une dégradation de notre architecture et de nos paysages...

Notre association a été régulièrement informée des études qui ont accompagné l’élaboration du document et cela a contribué à une amélioration des relations entre les élus et le monde associatif.
Nous vous proposons donc ci-dessous nos remarques ou propositions en vue d’une amélioration du document qui est présenté comme un compromis entre différents acteurs qui peuvent avoir des visions différentes de l’avenir de la Tarentaise.

1- Mises à jour
Dans les documents proposés de nombreuses mises à jour sont nécessaires dans la cartographie (Site classé du Clou), dans la gestion de l’eau (Fin du contrat de bassin versant), dans la gestion des déchets (fermeture des usines d’incinération et exportation des déchets vers Chambéry, dissolution du SMITOM qui portait des actions d’amélioration du tri sélectif)...Acte II de la loi Montagne qui pourrait avoir des conséquences importantes sur notre parc de « lits froids ».

2- En ce qui concerne l’urbanisme
Habitat permanent : (p 61 doo) 285 Ha à consommer sur 15ans. La consommation envisagée d’espace est de 19Ha par an au lieu de 27 actuellement. Malheureusement sur la durée du SCOT 2% des terres agricoles stratégiques seront consommées. Nous le regrettons vivement. Il aurait été préférable de réorienter les zones constructibles vers les coteaux délaissés par les agriculteurs. Il faudrait peut être également proposer des moyens pour encourager nos concitoyens à davantage recourir à l’habitat collectif...
Urbanisation en station : (p 24 doo) 336 Ha à urbaniser..47 000 lits neufs à construire dont 80% en station. Même si cela correspond à un ralentissement ( 22.4ha/an au lieu de 29 ou 3000 lits par an au lieu de 5000) réel du rythme de construction, ce chiffre parait trop important. La pondération qui consiste à majorer les surfaces autorisées par un coeff suivant qu’il s’agit d’un hôtel, d’un village club, d’une résidence de tourisme..) risque de conduire à urbaniser davantage que ce qui est prévu. La surface de plancher affichée ne peut donc être qu’une estimation et cela parait gênant pour un document d’urbanisme en principe contraignant. Par ailleurs, les logements existants ne sont remplis dans le meilleur des cas que 3.5 mois par an. Beaucoup sont vides l’essentiel de l’année. Il ne nous parait donc pas raisonnable de continuer à construire de nouveaux lits qui ne seront occupés que durant les périodes de pointe. Il est envisagé de construire l’équivalent d’une station comme la Plagne sur 15 ans..
D’autant que si l’Acte II de la loi montagne est voté par le gouvernement actuel ou par un suivant, on peut penser que des mesures fiscales seront mises en place pour « réchauffer les lits froids ». Nous souhaitons donc que la surface de plancher envisagée soit nettement revue à la baisse sauf pour les pôles touristiques de vallée. Compte tenu de l’âge moyen des propriétaires de logement, il faut prévoir de nombreuses transmissions dans les années à venir et se saisir de cette opportunité pour réorienter une partie du parc de logement vers le marché locatif.
Logement des saisonniers. (p33 doo)La construction de logements pour les saisonniers est envisagée :1000 lits en foyers, 3000 dans des projets hôteliers et 6000 en reconversion d’hébergements existants. Les espaces saisonniers devraient pouvoir exercer partout leur action sur l’année.
L’accueil des personnes en situation précaire, des réfugiés...n’est pas imaginé
Zones d’activités. Elles devraient consommer 29 hectares de surface dont 9.5 de terres agricoles stratégiques. Les sites choisis relèvent plus de l’inventaire des projets communaux que d’une recherche de surfaces limitant les impacts paysagers et agricoles. Il faut souhaiter qu’à l’avenir ces derniers critères soient prioritaires. Le projet de la commune du Planay parait mal choisi en bordure de route d’accès à Pralognan, en fond de vallée, sur des terrains agricoles stratégiques. Ce site devrait être retiré de la liste. La commune de Landry envisage déjà une extension de sa zone d’activité dans des prés facilement exploitables...
Une mission devrait être confiée à un prestataire pour rechercher des sites alternatifs. Les ambitions architecturales semblent bien limitées pour les futurs bâtiments. De la même façon des objectifs de densification devraient être fixés pour les futurs bâtiments. Quid de la densification des zones existantes....Combien de bâtiments à étage sont- ils envisagés ? Pourquoi les collectivités ne garderaient-elles pas la maitrise du foncier et des bâtiments qui seraient loués aux entreprises ? Ce type de choix a été expérimenté chez nos voisins de l’Isère conscients des inconvénients de la vente lot par lot...
Surfaces commerciales : les différentes zones existantes sont listées et semblent suffisantes mais des surfaces complémentaires sont envisagées au sein de la ZAC des Alpins à Bourg Saint Maurice. Le projet en cours de réalisation à Aime risque de déstabiliser le commerce tarin, mais il a été accordé avant le SCOT... Personne ne peut dire aujourd’hui quelles seront les suites de cette concurrence stérile...

3- Les projets UTN
Les études d’impact seront réalisées au moment du dépôt de permis. Vivre en Tarentaise le regrette évidemment car leur absence laisse penser que les projets aboutiront dans tous les cas..
Camping. On relève trois projets de nouveaux campings ou d’agrandissement dans le secteur de la COVA. Pour chacun d’eux des ruisseaux capricieux font peser des risques de débordement. L’avis du RTM devra être pris en compte...
Villette : agrandissement en forêt de 48 empl on passe à 130
Landry : extension en rive droite du Ponthurin : on passe de 117 à 157 empl : impact sur des terres agricoles
(0.5ha)et sur les vergers. Risque de débordement du Ponthurin...et de l’Isère
Sangôt : Création sur près de 8Ha de 380 places de camping de part et d’autre du torrent qui traverse Sangôt. Impact agricole et sur les vergers. Zone considérée comme réservoir de biodiversité. Richesse faune/flore probable. Accès à réaliser. Débordement du cours d’eau classé en I ?? Connexion entre le cours d’eau et l’Isère à rétablir.
Tignes : camping car : déplacement d’un parking existant pour 40 places.
D’autre part, les associations espèrent que les communes nouvelles de Aime et Macôt la Plagne apporteront
leur soutien sans réserve aux différents projets de réhabilitation des vignes et vergers de Tarentaise.

4- Les liaisons fond de vallée station
Seez la Rosière. Urbanisation (un peu plus de 1000 lits) prévue au Belvédère avec arrêt du télécabine + pôle thermal ?+ liaison avec les Ecudets par un nouveau télésiège. Impact sur la forêt : déboisement. Présence de
pylônes dans un corridor biologique. Montage financier à préciser. Aménagement dépendant aussi de l’usage de la source de Bonneval...Les associations agréées demandent en compensation des effets paysagers prévisibles le classement de la rive droite du Reclus au titre des sites et paysages.
La commune de Bourg ne semble pas intéressée pour le moment par une liaison avec la gare et nous regrettons cette absence de cohérence dans les aménagements envisagés pour une zone urbanisée s’étendant sur deux communes imbriquées..
Aime La Plagne. Liaison entre la gare d’Aime et Plagne Centre via la Roche. Des lits touristiques prévus sur Aime et Macôt en accompagnement. Pas de mesures compensatoires proposées pour le moment.
Bozel Courchevel. Vrai ascenseur envisagé et projet d’urbanisation touristique au centre de Bozel. Mesures compensatoires ?
Sainte Foy : rien dans les projets UTN pourtant une petite remontée est annoncée, mais la commune pourrait s’orienter vers une nouvelle liaison lourde entre le bas du domaine et le haut...Les associations de protection de la nature souhaitent le classement du vallon de Mercuel au titre des sites et paysages.

5- Les golfs
Trois projets : une extension et deux créations.
Valmorel : création au dessus du Club Med : golf de 9 trous sur 10Ha. 2 à 3 ha de défrichement+surface d’alpage..
Saint Bon ; un golf existe sur 8.6ha + des zones d’entrainement soit 11.46ha. 150membres à l’année. Extension de 12.8 ha. (4.8 ha de terrassés)..
Saint Martin création d’un très grand golf en fond de vallée. Practice de 2.5ha, 9 trous compact de 5.4ha, parcours 9 trous de 18.5ha. Fréquentation estimée à 1500 à 2000 personnes durant l’été. 10ha de pré de fauche et 6.5 ha d’espaces fauche/pâturage.
Pour ces trois projets : impact paysager, appauvrissement de la flore, action éventuelle des pesticides ??? Compte tenu de la surface en jeu il semble indispensable de compenser les surfaces de fauche qui vont disparaitre.
Est-ce qu’une étude de marché a été menée pour justifier de telles extensions ou créations ? Le projet de Saint Martin de Belleville nous parait de loin le plus impactant et le plus contestable.

6- Urbanisation touristique UTN
Commentaires : chaque projet est présenté de façon très succincte. Aucune étude d’impact ne semble avoir été réalisée. Les informations fournies sont bien en deçà de ce que l’on trouve dans un dossier UTN classique...Les surfaces de boisement consommées, pas d’étude flore, pas d’étude paysagère. La présentation est dans l’ensemble assez vague...La somme de ces différents projets ne parait pas raisonnable en terme de quantité.

7- Remarques particulières
Paysages et biodiversité : mise en place de la trame verte et bleue qui devra être traduite dans les PLU, mais pas de mesures de protections durables proposées pour l’instant. Les associations souhaitent différents classements de sites : St Bernard, Lauzière, Rive droite de l’Isère en aval d’Aigueblanche,.Vallon de Mercuel,. Ces classements pourraient contribuer à corriger l’image de la Tarentaise marquée par ses gros aménagements. On voit que la TVB ne semble pas gêner l’implantation de pylônes ou de campings..
Relance du tourisme estival : c’est en principe un des axes majeurs du PADD. Bien sûr quelques projets s’inscrivent dans cette idée, mais la question de la gouvernance reste entière. La valorisation et l’exposition de notre patrimoine dans toute sa diversité restent à mener. Il n’y a toujours pas de projet de grand lieu dédié en Tarentaise à des projections, conférences, expositions, documentation sur cette thématique. Que proposerons-nous à nos visiteurs par mauvais temps ??
La mise en valeur de la Tarentaise en dehors de la saison d’hiver est très peu abordée.
Le tourisme social qui permettrait d’attirer des publics jeunes ou des familles pendant toutes les périodes n’est pas non plus envisagé . (Colonies de vacances, classes vertes ou de neige, maisons familiales, etc...
Différents hameaux emblématiques sont répertoriés. Navette,Villard Benoit, le Monal, le Miroir, la Gurraz, la Saulce, la Croix, Les Fontanettes... Mais d’autres villages auraient pu être cités (Le Crôt vers Ste-Foy) et faire l’objet d’une réhabilitation et participer à l’attractivité de la Tarentaise..Comment redonner de la cohérence architecturale à une multitude de hameaux ? Proposition : élargir la liste des hameaux emblématiques et y imposer une architecture homogène quitte à permettre quelques extensions en gardant le caractère groupé du village. Reprendre la charte architecturale élaborée il y a quelques années. Attention aux toitures, aux volets et aux menuiseries en plastique, les stores blancs déroulants ...
Comment font nos voisins du val d’Aoste ou du Piémont (Villages de Chianale et vallée de Bellino sous le col Agnel) pour conserver une architecture remarquable ????
Quid de l’homogénéité des toitures, des menuiseries, des balcons, des bardages en bois...Est que l’on abandonne les palines présentes encore largement dans nos villages sur les balcons?
Des sites emblématiques sont désignés sur la cartographie, mais il en manque beaucoup comme la vallée des Chapieux, ou les vallons de Sainte Foy, ou celui de Foran, la vallée de Chavière...Des sites comme les Cinq lacs, la Pierra Menta... Col de l’Iseran
Dans le paragraphe enjeux territorialisés, plusieurs découpages du territoire sont possibles. Mais il faudrait peut être souligner la présence de sous massifs comme le Versant du Soleil/Naves Grande Maison/Beaufortin, la Lauzière, l’espace vallée des Chapieux, Vallée du Miravidi Saint Bernard, La chaîne Frontalière..Chacun mériterait d’être présenté à partir de ses caractéristiques propres...Pour la communication tourisme d’été il pourrait être important de faire ressortir les spécificités de chacun de ces massifs.
La notion de zone de tranquillité. Il avait été question d’expérimenter en Tarentaise sur le versant du Soleil ce concept prévu par la convention alpine. Pour nous il s’agit d’un outil de mise en valeur ce cet espace qui mériterait d’être mieux présenté à nos visiteurs. Nous espérons que la concertation entreprise il y a plus d’un an pourra reprendre et aboutir. Cela pourrait contribuer à la redynamisation du tourisme estival.
Santé : l’objectif de maintenir les deux hôpitaux page 30 est-il toujours d’actualité ? Si oui nous nous en félicitons !
Transport : quelle gouvernance alors que la compétence est désormais du ressort de la Région et qu’un interlocuteur unique dans la vallée devrait s’imposer. Faut-il rappeler que seul le train couplé à un décalage des départs et arrivées offre une possibilité d’améliorer notre bilan carbone très lourd ?...Cela doit nous interpeller car en visant une clientèle aisée et venant de loin en avion, on renonce à réduire notre très très mauvais bilan carbone.. Notre territoire ne devrait-il pas montrer sa capacité à s’organiser localement afin de proposer des transports collectifs attractifs et des séjours décalés.. Cela lui permettrait de se retourner vers la Région ou l’Etat au sujet de la desserte en trains régionaux, en trains de nuits et en TGV..Le transport des marchandises et des déchets pourrait aussi faire appel au train. Des plates-formes de distribution devraient être mises en place. Pourquoi ne pas rétablir certaines gares SNCF dans cette fonction ?
Energie : Est-ce que toutes nos collectivités sont conscientes des efforts à réaliser pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre ? Sont-elles prêtes à se saisir de ces questions alors que notre pays a pris des engagements lors
de la COP 21 ? L’APTV a séparé les commissions « plan climat » et « transport ». Cela nous parait injustifié, car comme chacun sait nos émissions proviennent massivement du transport des touristes.
La Tarentaise doit évidemment faire l’effort comme d’autres régions de France d’améliorer l’isolation des logements. L’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas !
Le développement de l’énergie solaire photovoltaïque et thermique devrait s’imposer dans notre vallée. L’ensoleillement le permet ! De la même façon nous disposons de différents gisements de matières qui pourraient être méthanisées. Vivre en Tarentaise reste réservée pour des raisons patrimoniales sur l’équipement en microcentrales des derniers ruisseaux naturels de la vallée.
Eau : les besoins sont inéquitablement répartis en Tarentaise...Des secteurs tendus, d’autant qu’il faut prévoir l’irrigation de certains pré de fauche et des extensions urbanistiques (en particulier à Saint Martin, Landry, Peisey)...Le contrat de bassin versant est terminé. Quelles suites seront envisagées alors que la gestion des fumiers et lisiers est largement perfectible, que les conventions de raccordement entre collectivités et locaux artisanaux restent à mettre en œuvre, que les réseaux d’eaux usées ne sont pas tous réalisés, que nombre de cours d’eau mériteraient d’être mieux raccordés à l’Isère. Le ruisseau de Sangôt se jette au dessus de l’Isère via une buse avec une chute d’eau moins un mètre..
La gestion quantitative sera évidemment au cœur des discussions dans les années à venir..
Qualité de l’air. L’air de nos vallées n’est pas aussi pur que le laisse penser notre situation montagnarde. La circulation automobile et le chauffage au bois se conjuguent parfois pour atteindre les limites des taux admissibles en particules fines et en ozone. La mise en place de capteurs permettant de mesurer en direct la pollution en différents points du territoire devrait s’imposer. Le remplacement des poêles à bois anciens est subventionné dans certains territoires. Pourquoi pas en Tarentaise ? l’utilisation progressive du biogaz pourrait être une alternative intéressante au « tout diesel » !
Bruit. Le calme et le silence en montagne nécessitent souvent de s’éloigner beaucoup des axes fréquentés de la vallée. La circulation intense des motos qui parcourent nos grands cols est une manne financière pour certains hôteliers, mais elle dégrade considérablement notre qualité de vie.. La circulation des engins motorisés sur les chemins ou les pistes reste mal encadrée. Les comportements à la limite de la délinquance sont trop nombreux et les collectivités sont bien timides en matière de répression alors qu’elles ont la possibilité de réglementer et de réprimer via les agents municipaux.
Diversification agricole. Si on ne veut pas en rester au stade du vœu pieux dans ce domaine, il serait souhaitable que les collectivités soutiennent sans réserve les efforts des associations qui travaillent à la restauration des vignes et vergers. La mise à disposition de terrains permettant d’expérimenter le maraichage, l’arboriculture, la culture de fruits rouges, la culture d’orge (bière) serait bienvenue..
Cyclisme : cette activité se développe dans notre vallée. Il aurait été bon d’afficher les intentions en matière de pistes cyclables. Quelle place pour le vélo dans nos Bourg centre ?

Quelle montagne voulons-nous pour l’avenir et pour nos enfants ?

En espérant que nos remarques ou questions pourront être prises en compte nous vous adressons, Monsieur le Président, nos sincères salutations.