Adonis aestivalis

Une route ne consiste pas seulement en une bande de bitume sur laquelle les véhicules vont pouvoir rouler. Pour être installée elle doit s'insérer dans l'environnement où on la projette, et les talus constituent les lieux de passage entre la bande de bitume et le milieu environnant.
 Ces milieux artificiels vont petit à petit prendre place dans le milieu naturel et évoluer selon des caractéristiques qui leur sont propres.

Dans le cas de routes à plat, normalement en fond de vallée, les talus sont soit plats, soit constitués par des bourrelets de terre. Si nous sommes sur une route de montagne, ce qui est le cas le plus fréquent en Tarentaise, on distingue le talus amont, au dessus de la route et le talus aval, en dessous de la route, ces talus pouvant suivant la situation, présenter des pentes plus ou moins fortes.


Le traçage des chemins implique le dégagement de zones latérales qui rappellent les talus de route, mais qui sont beaucoup plus intégrés dans le milieu naturel, de par l'absence de véhicules et la fréquentation nettement moins importante.
 On pourrait aussi évoquer les talus artificiels des voies de chemin-de-fer et les talus plus ou moins artificiels que constituent les bords des cours d'eau.
Biotopes secondaires
, les talus sont des milieux naturels à part entière qui évoluent en fonction du milieu environnant. La végétation qui les recouvre est influencée par la nature du sol, le niveau de pentes et l’exposition.
 Du point de vue de la biodiversité ils sont intéressants parce qu'ils imitent certains milieux naturels issus de l’exploitation humaine séculaire et qui ont aujourd'hui pratiquement disparu : il s'agit des pelouses sèches et des zones de cultures ancestrales de céréales qui ont constitué pendant des siècles la base de l'alimentation humaine.
 Cette agriculture n’existe plus tout au moins en Tarentaise. Quant aux pelouses sèches qui se trouvent essentiellement sur les adrets du fond de vallée ou de moyenne altitude, beaucoup ont été utilisées pour la construction de zones résidentielles aux endroits les plus ensoleillés aux abords des villages, comme par exemple à Aime ou à Bozel.
 Les espèces vivantes de ces milieux que le temps a façonnées, disparaissent avec eux. C'est le cas de la célèbre Tulipe d'Aime (Tulipa aximensis) qui est éteinte dans la nature depuis les années quatre-vingt. Ou alors elles trouvent des biotopes qui sont similaires et qui leur permettent de se maintenir : on les appelles biotopes secondaires. Les talus sont ainsi devenus les biotopes secondaires d'une quantité d'espèces vivantes dont les milieux d'origine n'existent plus et qui, sans eux, disparaîtraient

Les talus sont des milieux pentus, très exposés au soleil et plus secs que les milieux environnants, en particulier sur les adrets. Ils sont plus ou moins caillouteux et terreux, recouverts d’Îlots de végétations. Une végétation continue, comme celle d'une prairie, n'est que rarement en mesure de s'y installer, du fait de conditions contraignantes pour des espèces de prairie exigeantes en eau et en éléments organiques. C'est ce qui fait que des espèces plus adaptées à la sécheresse, mais aussi moins fréquentes, peuvent s'y installer et prospérer. On trouve dans les talus un fort pourcentage d'espèces annuelles : ce sont des espèces qui ne subsistent l'hiver que sous forme de graines et qui n'ont donc pas d'organes pérennes. Cela leur permet de résister au manque d'eau et à la chaleur. On peut aussi citer les orchidées dont un vingtaine d'espèces sont les hôtes des talus et qui sont des indicateurs de richesse écologique : la concurrence de la végétation dense d'une prairie ne leur permet pas de se développer. Elles se sont adaptées à des pelouses sèches et à des milieux pauvres grâce à une symbiose avec un champignon microscopique.
Nous avons parlé d'espèces vivantes car il ne s'agit pas seulement des plantes, mais aussi des insectes, araignées, reptiles, oiseaux et petits mammifères. On estime qu'il y a au moins dix fois plus d'espèces d'insectes qu'il y a d'espèces végétales à un endroit donné. Plus la végétation est diversifiée, plus le cortège d'espèces animales sera important.
Quelques conseils pour l'entretien des talus.
Le manière dont on entretient un talus joue un rôle primordial sur le développement de la biodiversité en son sein.
La fauche printanière au ras du sol, renouvelée une ou deux fois l'an le transforme un désert biologique. Un fauchage tardif, au delà de fin juillet, à plus de 10 cm de haut permet de ne pas déranger la faune du sol et de préserver la base des végétaux qui joue souvent le rôle d'organe de subsistance pendant l'hiver. En outre il permet à la plupart des plantes d'effectuer leur cycle de développement et de produire des graines qui assurent la pérennité des populations. 
Maintenir une bande suffisamment large, non fauchée ou fauchée seulement une année sur deux en haut du talus, favorise la petite faune en lui fournissant un abri et limite l'errance sur la chaussée, limitant fortement les risques d'écrasement.
 Le fauchage non raisonné des talus des sentiers de montagne produit le même effet délétère sur la biodiversité. On constate fréquemment certaines pratiques trop contraignantes sur le milieu : une fauche au ras du sol « abrasive » et sur une largeur qui ne se justifie nullement pour des sentier dont la raison d'être est de faire découvrir et apprécier la diversité des formes, des couleurs, des parfums que la nature offre au visiteur... l'effet sur le paysage n'est pas non plus très esthétique.
Le dernier conseil mais pas le moindre, est la nécessité absolue de former les équipes intervenant sur les travaux d'entretien des talus et de les sensibiliser à leur rôle essentiel en tant qu'acteurs de la biodiversité.