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La Tarentaise présente différentes zones où l’on peut observer des entonnoirs de dissolution de gypse : en amont des villages d’alpage de la Pesée et de la Combaz sur les versants d’Aime, sur et autour des arêtes du Charvet à proximité de Pralognan et enfin la vaste zone située au dessus de Plagne centre. Cette dernière est sans aucun doute la plus vaste de Tarentaise même si elle est survolée par plusieurs remontées mécaniques...

On y compte un millier d’entonnoirs. Le terrain a été remodelé en partie pour laisser place à des pistes de ski, de VTT et des bâtiments. Cette zone abrite une Cembraie (une forêt de pins cembro ou Aroles). La surface de celle-ci est de l’ordre de 12 hectares. Il y a d’autres forêts de pin cembro en Tarentaise, mais celle-ci a la particularité de pousser sur du gypse et il semble que cette situation soit rarissime. Ce peuplement est très dépendant pour sa reproduction de la présence d’un oiseau : le casse noix moucheté. Celui-ci récupère les cônes, les décortique sur une enclume improvisée et stocke provisoirement les graines dans une poche sublinguale. En moyenne il transporte une quarantaine de graines, mais cela peut aller jusqu’à une centaine. Le volatile va ensuite cacher ces graines pour les retrouver en hiver. Il utilise de très nombreuses cachettes qu’il pourra localiser ensuite malgré la couche de neige grâce à différents repères spatiaux : rochers, arbres.. Des tunnels de 1.3m de long creusés par ces casse-noix en hiver ont été retrouvés en montagne. Mais l’oiseau ne retrouve pas tout son stock et des groupes de graines vont pourvoir germer grâce à ces oublis... Cela explique le fait que les pins cembro poussent souvent en touffe.

Cet arbre a une croissance très lente, dans des conditions difficiles certains individus de plus de 50 ans ne dépassent guère deux mètres ... Il peut vivre très longtemps et probablement dépasser les mille ans. Il est bien sûr apprécié en menuiserie.

Dans une station de ski comme La Plagne, il est soumis aux coupures des carres de ski qui sont évidemment nombreuses compte tenu de la pratique du ski hors piste. Il est bien sûr victime aussi des aléas climatiques dus au vent et à la neige.. L’été la pratique du VTT peut dégrader très rapidement des sols gypseux très fragiles. La présence de marcheurs sur les bords des entonnoirs est évidemment à décourager car elle concoure à l’effritement des dolines.
Ce site très étendu dont l’intérêt est à la fois géologique et naturaliste mériterait d’être mieux présenté à la fois à la population locale et aux touristes. Mais comme on l’a dit plus haut la circulation des personnes qu’elles soient à ski à pied ou en vélo devrait être sérieusement encadrée. Ce n’est pas le cas actuellement et malheureusement une piste de VTT a été créée avec un engin de terrassement à proximité de cette Cembraie et présente des signes d’érosion évidents. L’eau qui ruisselle ne peut qu’accentuer ce phénomène dans un terrain aussi friable...

Cette forêt de pins Cembro est classée en ZNIEFF, mais ne bénéficie d’aucune mesure de gestion contraignante. Elle est répertoriée comme l’un des sites naturels remarquables de la commune de Macôt. L’essentiel des aménagements de la station de La Plagne étant désormais réalisé il serait peut être temps de réfléchir aux moyens à employer pour mieux assurer la survie de site exceptionnel. Peut être qu’un arrêté de protection de biotope serait approprié à la situation, mais tout cela ne peut se faire qu’après une concertation multi acteurs et avec la bonne volonté de la commune.... Alors qui prendra l’initiative ?