L’impact des microcentrales sur nos cours d’eaux
Depuis plusieurs années, les associations Lacs et Torrents et Vivre en Tarentaise se sont inquiétées de la multiplication des projets de microcentrales, soit sur des ruisseaux encore vierges de tout équipement soit sur des cours d’eau déjà largement munis de prises d’eau. Prise d'eau dans le PonthurinIl faut savoir que les cours d’eaux à « l’état naturel » sont désormais très rares dans une vallée qui est sans doute la plus équipée de France dans le domaine de l’hydroélectricité.
Celle-ci est au service d'intérêts privés  et n’est pas toujours productive, difficilement contrôlable, et très traumatisante pour les milieux aquatiques. Son développement est contraire à la directive sur l'eau visant d'ici 2015 la non dégradation et l'atteinte du bon état écologique des milieux aquatiques. Il s'oppose aussi à l'enjeu de sauvegarde des souches autochtones de la truite Fario méditerranéenne qui  pourtant est un des objectifs du Contrat de Bassin versant Isère. Enfin, il n'est pas cohérent avec la préservation de nos paysages, facteur déterminant vis à vis d'un tourisme estival durable. Mais cette affirmation se heurte aux espoirs de retombées économiques que font miroiter différentes sociétés à quelques collectivités.

L’exemple de nos voisins suisses

Après l’intervention des associations au sein du comité de bassin versant, l’APTV a accepté de mettre en place une commission chargée de débattre du problème. Le milieu associatif ayant mis l’accent sur les possibilités offertes par les conduites d’eaux usées ou d’eau potable, l’APTV a eu la bonne idée d’organiser un déplacement dans le Valais pour visiter différentes installations. Un groupe rassemblant des élus, des responsables administratifs ou associatifs s’est donc rendu sur la commune de le Chable (7000 habitants, 800m) qui abrite la station de ski de Verbier (30 000 lits, de 1400 à 1800 m). Ce site correspond en gros à la situation de Bourg Saint Maurice et des Arcs.
Une microcentrale turbine en fond de vallée le surplus d’eau potable de Verbier toute l’année. Cela permet d’alimenter 290 foyers en électricité.
Une autre microcentrale turbine, après dégrillage, les eaux usées de la station de ski. Le nombre de ménages alimentés en électricité est de 165. Pour améliorer le rendement de l’opération, la commune a fait remplacer  toute la conduite d’eaux usées. Cette dernière est bien entendu enterrée.
La station d’épuration communale est également enterrée. Elle reçoit en plus des eaux usées le petit lait des fromageries du secteur. Le biogaz issu des fermentations est récupéré pour alimenter un groupe électrogène qui distribue de l’électricité à environ 150 foyers. Nos voisins ayant le souci de la cohérence, récupèrent la chaleur des gaz d’échappement et de l’huile de refroidissement du moteur pour réchauffer le mélange eaux usées, petit lait et faciliter ainsi la formation de méthane. Les différentes installations sont cogérées par les services municipaux et une société privée spécialisée.

Des perspectives en Tarentaise
Une commune de Tarentaise avait été priée de fournir le schéma de son réseau d’eau potable avec les débits, les altitudes et la place des brise charge. Un examen rapide par l’ingénieur suisse a montré que dans cette collectivité, il y avait trois conduites présentant chacune un potentiel de puissance égal ou supérieur à 37KW. Dans ce cas, une étude précise est nécessaire pour optimiser l’installation à mettre en place. Cet investissement semble rentable assez vite.
Dans le cas des chutes dont le potentiel de puissance est plus faible, il est possible de mettre en place directement des nano centrales adaptées à la configuration du site. Ce cas de figure est sans doute très fréquent dans notre vallée. Dans tous les cas, il faut disposer d’une ligne électrique à proximité pour transporter l’énergie fournie par l’installation.

Le milieu associatif, espère donc qu’un inventaire des potentialités  sera effectué à l’échelle de la Tarentaise, commune par commune. Il est permis bien sûr de s’interroger sur les canalisations d’eaux usées qui descendent en fond de vallée à Bourg, Bellentre, Aime, le Bois, Bozel …
Est-il trop tard pour tirer parti de ces chutes ?
Peut-on encore récupérer le bio méthane libéré lors de la digestion dans ces installations très récentes pour la plupart d’entre elles?
Une société pourrait-elle proposer aux communes des équipements clefs en mains ?

Il serait sans doute intéressant de faire venir dans notre vallée la société suisse responsable des équipements visités pour sensibiliser les élus à cette thématique.
Il paraît clair également que la Tarentaise dispose d’un stock (eaux usées, fumiers et lisiers, lactosérum, déchets fermentescibles…) important de « matériaux fermentescibles » susceptibles d’alimenter des digesteurs et de produire du biogaz.

Combien d’années seront encore nécessaires pour que ce potentiel soit exploité ?

Enfin, il serait dommage de passer sous silence le voyage en bus dans le Valais ainsi que la pause-déjeuner qui confirment tout l’intérêt paysager et gustatif  de la reconquête des vignes de montagne.
Un lien entre Contrat de bassin versant, SCOT, agriculture et Tourisme d’été ? Pourquoi pas ?

Alain Machet et Jean Yves Vallat