L’association Vivre en Tarentaise après avoir consulté le dossier proposé à l’enquête tient à faire les remarques suivantes :
Ce projet s’inscrit dans un contexte particulier en Tarentaise. Cette vallée est sans doute le site le plus aménagé des Alpes françaises dans le domaine de l’hydro-électricité. En effet, tous les cours d’eau de Haute Tarentaise sont affectés par des captages qui modifient sensiblement leur débit apparent et aplanissent les crues.

Les barrages de Tignes, de Roselend, le lac de la Coche, le barrage d’Aigueblanche voient passer l’essentiel de l’eau du bassin versant. A tel point que les cours d’eau vraiment vierges de tout prélèvement sont devenus très rares. Sans doute une dizaine sur l’ensemble de la vallée. Celle-ci qui est souvent considérée à tort ou à raison comme un château d’eau fait circuler la grande majorité des cours d’eau dans des tuyaux ou des canaux...Cela a évidemment un impact important sur la vie aquatique et sur l’évolution du lit des rivières qui ont tendance à s’élever du fait de la disparition des grandes crues. L’eau autrefois très présente dans les paysages de Tarentaise est réduite hélas au strict débit réservé... Et pourtant l’eau fait partie du patrimoine de nos montagnes et de nos paysages. Il est clair aussi que la production d’électricité qui en découle dépasse largement celle d’un réacteur nucléaire. Dans l’absolu et sans prendre en compte le « mix énergétique français » notre vallée est à énergie positive... Cela doit être intégré dans notre réflexion car si à l’échelle d’une commune le potentiel de production des quelques cours d’eaux non équipés peut paraitre important, il est en réalité faible (6.9 millions de KWH/an estimés) si on le compare à la production des usines de La Bathie ou de Malgovert ( 900 millions de KWH/an pour la dernière). Différentes améliorations sont en cours sur les aménagements existants et les gains attendus sont très importants. Par exemple le nouveau groupe de production de l’usine de la Coche au dessus d’Aigueblanche a une puissance 240 MW et permettra d’augmenter de 20 % la puissance de l’aménagement existant et de produire chaque année environ 100 GWh supplémentaires, soit l’équivalent de la consommation domestique de plus de 40 000 habitants. Cela relativise le gain attendu par l’implantation de nouvelles microcentrales.
Devons nous pour des raisons scientifiques, patrimoniales et touristiques conserver les quelques torrents rescapés des aménagements spectaculaires réalisés dans les années 50 ? Notre association répond évidemment oui à cette question ! Elle pense que la rareté de ces milieux justifie largement une étude d’impact globale ou au moins une réflexion à l’échelle du bassin versant Tarentaise. Un bilan du contrat de bassin versant étant en cours d’élaboration, il nous semblerait pertinent de la mener dans ce cadre et donc de reporter l’examen de ce dossier. Il faut savoir que les torrents des Moulins à Montvalezan, De Bonnegarde à Aime/Macôt, du Ponthurin et du nant Bénin à Peisey, du Charbonnet et du Versoyen à Bourg Saint Maurice, du Bonrieu à Bozel sont l’objet d’études en vue de les doter de microcentrales. Le projet du Bonrieu à Bozel est un des éléments d’un plan visant à équiper l’ensemble des derniers ruisseaux potentiellement équipables de Tarentaise.
La structure actuelle des collectivités territoriales conduit à examiner les différents projets, commune par commune sans regard global à l’échelle du contrat de bassin versant par exemple. Il est clair que chaque collectivité soutient son projet indépendamment du contexte global. Une mutualisation des retombées économiques à l’échelle Tarentaise nous paraît souhaitable.
Parallèlement les associations avaient mis l’accent sur la possibilité de doter de picocentrales (ou micro suivant les cas) les conduites d’eau potable et les canalisations d’eaux usées des stations de ski. Ces dernières se trouvent en général à une altitude de 1600m alors que les stations d’épurations sont situées en fond de vallée à 800m. Pourquoi ne pas commencer par là ?
Enfin, chacun des projets est justifié d’après ses promoteurs par la nécessité de produire davantage d’énergie renouvelable. Notre association tient à rappeler que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas !
Quels sont les investissements prévus par nos communes pour économiser fortement les dépenses de chauffage dans les bâtiments publics (Ecoles, gymnase, mairie, salles communales, logements sociaux)? Ces derniers sont-ils
tous isolés en respectant les normes HQE ? Sans réduction de notre consommation il est impossible de diviser par 4 nos émissions de CO2 d’ici 2050 !
Le prix des panneaux photovoltaïques baisse régulièrement (il a été divisé par 2 en dix ans), leur rendement augmente également. A quand une coopérative villageoise de producteurs sur la commune de Bozel ? (Avec 15m2 de panneaux la production est supérieure à la consommation d’une famille hors chauffage électrique évidemment).
A propos du dossier :
Nous remarquons que le débit du cours d’eau qu’il s’agit d’artificialiser davantage a été estimé par comparaison à celui d’un ruisseau plutôt éloigné du site. Cette estimation, même si la méthode de calcul est exposée, nous parait contestable car il est fréquent que les précipitations soient différentes sur deux versants opposés d’une montagne. Une station de mesure a été installée durant une année sur le Bonrieu, cela permet de confronter les valeurs retenues pour débit moyen, mais on sait bien que le débit d’un cours d’eau peut varier d’une année sur l’autre assez fortement. Des mesures sur plusieurs années auraient été nécessaires... La courbe d’évolution des cumuls annuels de précipitations enregistrées par la station météo de Bourg Saint Maurice montre bien à la fois le caractère aléatoire des précipitations et leur orientation à la baisse depuis 20 ans..Le débit réservé sera-t-il révisé dans l’avenir ?
En début de dossier une sorte de débat est présenté autour du débit réservé : 32 ou 35l/s.. Cela tient évidemment à la connaissance du débit « réel » du cours d’eau qui n’est qu’imparfaitement connu... La courbe page 8 parait très importante à cet effet. Un débit réservé doublé affecterait la production hydroélectrique, mais permettrait de garantir de bien meilleures conditions de survie aux espèces aquatiques... Mais cette courbe est- elle si fiable que cela ? (Une année de mesures réelles et des estimations...)
Des pêches électriques ont montré que des truites Fario de belle taille survivent dans ce cours d’eau. Cela conforte le travail de la société de pêche qui comptait réintroduire des alevins de cette même souche. Il est vrai que le cours d’eau a été coupé par de nombreux barrages qui rendent impossible la montaison des poissons. Mais la dévalaison est possible et la reproduction également sur plusieurs tronçons.
On ne trouve nulle part mention d’amphibiens ou de reptiles à proximité du Bonrieu. Cela paraît surprenant et inquiétant. La vie aquatique ne se limite pas aux poissons.. Il nous semble que l’étude d’impact effectuée comporte des lacunes dans ce domaine d’autant que plusieurs espèces de ces familles sont en forte régression, voire en voie de disparition... Un inventaire à faire donc à la bonne époque bien sûr ! De la même façon les insectes et en particulier les libellules ne sont pas mentionnées. Même remarque pour l’avifaune.
L’étude d’impact nous paraît donc très incomplète.
L’étude géotechnique de stabilité du terrain dont la pente est très forte sur une grande partie du tracé sur lequel on doit enterrer la conduite reste à conduire... Mais on ignore quels en seront les résultats...
Conclusion : il nous semble que le dossier actuel est incomplet (inventaire amphibiens, reptiles, insectes , étude géotechnique). Cette enquête devrait donc être suspendue afin de permettre de compléter le dossier qui nous paraît très lacunaire. Chaque personne souhaitant s’exprimer pourrait alors prendre connaissance de tous les éléments nécessaires avant d’exposer son point de vue.
Dans le cas, où cette enquête publique irait à son terme, il nous semble que la rareté des cours d’eau non équipés à ce jour en Tarentaise devrait conduire à minima à un doublement du débit réservé pour assurer des conditions de survie plus sérieuses à toutes les espèces signalées plus haut. N’oublions pas que 1/10ème du module annuel est un minimum. Nous suggérons également que la commune de Bozel réinvestisse chaque année au moins la moitié de l’argent récupéré via cette installation pour doter des toitures de la commune de panneaux photovoltaïques.